La servitude du musulman à l’égard d’Allah est celle qui fait l’objet de l’ordre d’Allah exprimé dans Son Livre, celle pour laquelle Il a envoyé Ses messagers comme Il le dit en ces termes : « Qu'on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de Discernement sur Son serviteur, afin qu'il soit un avertisseur à l’univers.» (25, 1)

La servitude est de deux sortes : une servitude générale et une servitude particulière :

Dans son sens général, la servitude qui s’entend par soumission et asservissement, s’applique à toutes les créatures de tous les mondes céleste et terrestre. Elle désigne d’une manière générale l’état de servitude caractéristique de la condition d’être créé et opposé à l’état de Seigneurie (rububiyya) qui appartient au seul Créateur (al-rabb). Allah dit - exalté soit-Il - : « Celui à qui appartient la royauté des cieux et de la terre, qui ne S'est point attribué d'enfant, qui n'a point d'associé en Sa royauté et qui a créé toute chose en lui donnant ses justes proportions ». (25, 2) « Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre se rendront auprès du Tout miséricordieux, en serviteurs». (19, 93)

Son sens particulier s’applique exclusivement aux croyants et ne s’applique plus aux non croyants, car seuls les croyants sont les vrais serviteurs d’Allah, eux qui L’ont esseulé dans Sa souveraineté, dans Sa divinité, dans Ses noms et Ses attributs et ne Lui ont rien associé. A ce propos Allah — exalté soit-Il — dit : « Ô Mes serviteurs ! N’ayez aucune crainte ni affliction en ce Jour ! Vous qui croyez en nos signes et qui êtes soumis ». Il a dit : « Porte la bonne nouvelle à Mes Serviteurs, ceux qui prêtent l’oreille à la parole et en suivent l’excellence ». (39, 17)

Ainsi toutes les créatures sont des serviteurs (dans le sens d’êtres asservis) de Sa souveraineté. Quant aux gens de Son obéissance et de Son Amitié, ce sont les vrais serviteurs (dans le sens d’adorateurs) de Sa divinité.

L’état de servitude

Allah, exalté soit-Il décrit Lui-même cet état :
« Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, qui, lorsque les ignorants s'adressent à eux, disent : "Paix" ; qui passent les nuits prosternés et debout devant leur Seigneur; qui disent : "Seigneur, écarte de nous le châtiment de l'Enfer". - car son châtiment est permanent. » (25, 63-65).

Il s’agit d’un état d’infaillibilité et de permanence dans l’agrément divin: « Quant à Mes serviteurs, tu n'as aucun pouvoir sur eux"». (19, 65)

L’expression de la servitude fait l’objet de Son ordre, elle englobe tout ce qui est aimé et agréé par Allah en fait de paroles et d’actes cachés et manifestes. Elle implique encore le désaveu de tout ce qui est contraire à cela. Cette définition intègre les deux attestations, la prière, la zakat, le jeûne, le pèlerinage, le combat dans le chemin d’Allah, le commandement du bien, l’interdiction du mal et la croyance en Allah, en Ses anges et au jour dernier, à adorer Allah comme si tu le voyais...

Cheikh Ahmed Tidiane (R.A) a dit : la Ibada consiste à accomplir les ordres d’Allah au niveau de l’Islam uniquement. Une personne qui se situe à ce niveau n’est que rarement en présence d’Allah ; quand elle l’est c’est avec grande difficulté. La Ubudiyya consiste à accomplir les ordres d’Allah au niveau de l’Iman. La personne qui se situe à ce niveau est présente en Allah mais derrière un voile. La Ubuda consiste à accomplir les ordres d’Allah au niveau de l’Ihsan. Pour la personne qui se situe à ce niveau ; il n’existe rien d’autre qu’Allah et la personne contemple Allah par l’œil intérieur et par la lumière de la certitude.

D’après l’imam Ghazali : « L'adoration n'est valable qu'après avoir connu Celui qui mérite d'être adoré (c'est-à-dire Dieu). »
Le but ultime de l’adoration est certes l’état de servitude. C’est pourquoi Dieu fit l’éloge de Son Prophète en disant dans Son Livre : « Gloire à Celui qui fit voyager nuitamment Son serviteur… » (17, 1). Il n’a pas dit : « Son Prophète », ni « Son Envoyé » mais a choisi le terme de serviteur.
Dieu fit aussi l’éloge d’autres prophètes en insistant sur la servitude : « Quel excellent serviteur ! Revenant sans cesse vers nous ! » (38, 30)

En somme la réalité essentielle et principielle de l’Homme correspond à l’état décrit par la Parole d’Allah: « Nous avons créé l’homme dans la meilleure des formes » (95, 4); il s’est donc retrouvé dans l’ultime degré de l’existence, « Puis Nous l’avons renvoyé au plus bas des êtres bas » (95, 5), état où il ne possède que virtuellement la possibilité de réaliser la plénitude de son rang originel et la dignité califale qui lui revient par la “Forme divine”, à la seule condition posée par la suite des versets précités : « excepté ceux qui croient et accomplissent de belles œuvres, ceux-là auront une récompense jamais interrompue ».

Il convient de répéter que, bien qu’ayant été créé selon la Forme divine, l’être humain ne doit en aucune manière s’arroger la propriété de ce qui ne lui appartient pas ; son statut originel consiste à être un serviteur : « Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur terre vient auprès du Tout-Miséricordieux en serviteur » (19, 93) et le serviteur – comme l’affirme Ibn ‘Arabî – n’a été créé à l’origine que pour appartenir à Allâh et être éternellement un serviteur et non pas un seigneur. Si toutefois Allâh le revêt de la Robe d’honneur de la seigneurie (khil‘atu-s-siyâda) lui ordonnant d’apparaître en elle, il y apparaîtra en restant en soi un serviteur, mais seigneur par rapport à qui le voit car celle-là est la parure de son Seigneur et Sa Robe dont Il l’a [seulement] revêtu ».

La Robe d’honneur de la Forme divine – autrement dit, celle de la fonction califale (khilâfa) – constitue ainsi pour l’homme un motif d’épreuve, puisque cette investiture lui donne droit, mais en même temps l’oblige, à être le destinataire éternellement désigné du “Dépôt de confiance” (amâna) constitué auprès du serviteur, des attributs du Principe par lesquels il est appelé à être caractérisé.

Et certes, la grandeur et la stature d’excellence de la servitude, peut définitivement être jugée à l’aune des paroles du prophète : « Ne devrais-je pas être un serviteur reconnaissant ? »

SOURCES :
Le Coran ; Hadith ; Le web , Ibn ‘Arabî, Futûhât III, et les enseignements de notre vénéré Cheikh Muhammad Nourou-Diine Sall (qu’Allah l’agrée).